Après trois années de tension, un protocole d’accord vient finalement d’être signé entre l’Etat (à travers l’EPPS - Etablissement Public Paris Saclay) et les élus locaux de la CAPS (Communauté d’Agglomération du Plateau de Saclay), dont Gif fait partie. Ce dernier vise à mettre en place un mode de fonctionnement qui devrait permettre aux uns et aux autres de travailler enfin ensemble.
A ce moment charnière pour notre territoire, il nous a semblé intéressant de revenir sur les positions prises par François Bayrou à l’égard de l’Opération d’Intérêt National (OIN) et plus spécifiquement sur sa vision critique du développement du Plateau telle qu’envisagée par Nicolas Sarkozy et Christian Blanc (son Secrétaire d’Etat en charge du dossier de l’époque).
Une visite qui permet aux différents acteurs de se retrouver autour d’une table
En effet, en mai 2009, j’avais eu l’opportunité d’organiser la venue du président du MoDem sur le plateau de Moulon, au cours de laquelle il avait notamment visité le Synchrotron Soleil. Durant cette journée, l’accent avait été mis sur les moments de dialogue et d’échange avec les différents acteurs du territoire : patrons de TPE, enseignants-chercheurs, présidents de grandes écoles, élus locaux, membres du conseil économique et social et du conseil régional… Ils l’avaient eux-mêmes souligné : c’était la première fois qu’ils étaient réunis autour d’une table, pouvant ainsi écouter les arguments des autres. Le dialogue n’a visiblement pas beaucoup progressé puisque lors de la réunion publique du 14 décembre dernier sur le Plateau de Moulon, le président de l’ADEZAC (1), Guy Parmentier, a regretté que les entreprises du parc d’activité de Courtabœuf n’aient jamais été contactées sur ce projet national.
Force est de constater que 3 ans après, lorsque qu’on relit le compte rendu (cf. ci-dessous), réalisé par Martine Debiesse lors de cette visite, les questions posées par François Bayrou sont loin d’avoir obtenu des réponses satisfaisantes : ses doutes et ses craintes concernant l’efficacité de certains regroupements, la cohérence des clusters, leur apport en matière de développement économique et plus généralement sa vision de l’aménagement du territoire dans sa globalité. L’ensemble de ces réflexions restent d’une actualité brûlante.
Plus généralement sa vision globale de l’aménagement du territoire était intéressante, sortant des sentiers battus souvent considérés comme les seules voies empruntables dans ce domaine !
Les inquiétudes demeurent
C’est en grande partie pour cette raison que nous avons tenu à souligner ces mêmes inquiétudes à travers l’intervention qu’a faite David Saussol, Maire adjoint MoDem d’Orsay, le mercredi 18 janvier lors du dernier conseil de la CAPS : http://www.gemgif.fr/wbNewsFront/newsDetail/id/130
Il en a aussi profité pour rappeler les orientations que nous avons toujours défendues tous les deux en tant qu’élus et membres du mouvement démocrate au sein de cette instance (avant que le Maire UMP de Gif ne me retire ma délégation à la CAPS pour m’être présenté aux élections cantonales sous l’étiquette MoDem http://www.gemgif.fr/wbNewsFront/newsDetail/id/59 , crime de « lèse majesté »).
Il nous semblait intéressant à quelques semaines des élections présidentielles de remettre dans l’actualité de notre territoire ces différents éléments afin que vous puissiez vous y replonger.
Dimitri Tchoreloff
(1) ADEZAC = Association des chefs d’entreprises de la Zone d’activité de Courtaboeuf
Compte-rendu de la venue de François Bayrou le 12 mai 2009 sur le Plateau de Saclay:
J’avais envie de commencer ce compte-rendu par le mot de la fin : François Bayrou pointant le fait que, pour préparer un projet d’envergure comme celui de l’OIN, des réunions mettant autour d’une table des acteurs aussi différents que des patrons de TPE, des enseignants-chercheurs, des présidents de grandes écoles, des élus locaux, quelqu’un du conseil économique et social, un élu de la région..., il en aurait fallu, non pas « une » comme celle-là, mais une cinquantaine. Chaque acteur dit avoir été reçu une, voire plusieurs fois par les initiateurs du projet, Christian Blanc en particulier, mais ils n’ont jamais eu l’occasion de se retrouver ainsi « tous autour d’une table » et d’écouter des points de vue différents, d’entendre surtout comment d’autres professionnels qu’eux, d’autres institutionnels qu’eux, voient le projet..
Des scientifiques partants pour le « pôle d’excellence »
Au début de la réunion, les « scientifiques » ont dit tout le bien qu’ils pensaient de ce pôle d’excellence à venir sur le Plateau de Saclay. En mettant en avant des arguments souvent déclinés, la base du projet en quelque sorte, comme le rayonnement scientifique international qu’il permettrait, l’intérêt pour la recherche de rapprocher les grandes écoles et les start-up, l’ambition d’avoir en France une Sillicon Valley... mais est apparue également, une constante à la fois plus simple et plus essentielle dans leurs propos : l’idée de la proximité physique, du grand nombre de choses qui se règlent grâce à une rencontre informelle à la cantine, par exemple.
Si personne ne l’a contesté autour de la table, cet argument a tout de même été relativisé. Un jeune enseignant-chercheur, explique avoir plus de liens avec un chercheur japonais sur le même domaine pointu de compétences que lui qu’avec un autre enseignant de polytechnique sur un domaine totalement différent. A l’heure d’internet, les distances physiques ont changé de visage, elles sont considérablement réduites, malgré des kilomètres de distance entre les uns et les autres.
François Bayrou souligne surtout que ce mouvement de concentration sur un même lieu prend exactement le chemin inverse de toute la philosophie d’occupation du territoire qui prévaut depuis les années 70 et consiste justement à la décentralisation et à la déconcentration. En tant qu’ « homme de province », il ressent fortement cette volonté de regrouper toutes ces grandes écoles en un même lieu, tous ces établissements scientifiques prestigieux, comme une désertification du reste de l’espace français.
Des dirigeants de TPE pas convaincus
Sur ce point, il est rejoint par des chefs de TPE. L’un d’eux en particulier, souligne par exemple, le tissu local de petites entreprises qui s’est créé autour d’une grande école comme l’ENS Cachan. La déménager vers ce pôle d’excellence en construction contribuera sans aucun doute à créer de l’activité économique autour du plateau de Saclay, certes, mais quid de ce qui s’est construit au fil des ans autour de Cachan ? Ces TPE et PME n’auront pas les moyens de venir s’installer autour du nouveau site de l’ENS Cachan, et l’OIN, avant de créer, commencera par déconstruire. François Bayrou insiste sur ce point que, quand on fait une opération de cette envergure, des changements aussi importants, avant de passer d’un état d’équilibre à un autre état d’équilibre, il y a le chaos. Il lui semble de loin préférable de faire en permanence des améliorations de l’existant plutôt que des bouleversements « brutaux » comme ceux qui s’annoncent.
Déménager n’est pas créer
Il lui semble de plus très curieux de construire un pôle d’excellence sur des déménagements. Déménagements d’écoles comme l’ENS Cachan, l’ENSAE, ... mais aussi et surtout, déménagement de la fac d’Orsay sur le Plateau. De nombreuses interrogations s’expriment sur cette décision : quel coût ? Pourquoi une telle dépense pour migrer de 4km ? Quelle est la raison qui pousse l’Etat de venir imposer son projet pour coiffer comme d’une chape de béton, par en haut, une région, sans concertations avec les habitants et leurs élus ! Que deviendront les 80 hectares sur lesquels sont actuellement implantés les locaux de Paris XI (l’état parle de start-up, mais qui peut croire que toute cette place sera utilisée par des start-up ? Cela ne cacherait-il pas une opération immobilière ?)? A-t-on pensé aux étudiants dans cette histoire, qui sont actuellement à deux pas du RER, dans un centre ville, et qui se retrouveront très certainement isolé sur le Plateau ? Un certain nombre de bâtiments de la fac sont certes dans un état inacceptable pour une grande université, mais d’autres sont quasiment neufs, Cela nécessite-t-il donc de tout démolir ? Cela rejoint tout à fait l’idée précédente d’améliorer l’existant plutôt que de tout casser pour repartir de zéro.
Plusieurs personnes rebondissent sur la question de « pense-t-on aux étudiants dans ce projet ? » en évoquant des campus étrangers. Une différence fondamentale entre, par exemple, un campus en Allemagne et le projet tel qu’il est actuellement conçu, est l’intégration de l’Université dans la ville. En Allemagne, quand on se promène dans les villes universitaires, on rencontre un bâtiment de la fac, puis des choses qui n’ont rien à voir, puis à nouveau un bâtiment de la fac. Cela change complètement la conception qu’ont les gens de l’enseignement supérieur. Cela a aussi été l’occasion de parler des transports, du fait que si des gros investissements sont prévus pour faire un métro souterrain, remonter des vallées (chose déjà compliquée aujourd’hui) n’est même pas évoqué.
Des doutes sur les impacts économiques
Plusieurs responsables de TPE ou PME étaient présents et ont exprimé leurs doutes sur la création économique que l’OIN allait générer. Un patron de TPE, ce qu’il voit, ce sont ses charges, ses échéances à honorer à court, voire très court terme : chaque trimestre ! Se projeter dans 25 ans quand le projet de métro sera réalisé lui parait totalement impossible, en tout cas, complètement éloigné de sa réalité quotidienne. D’autre part, bien sûr que rapprocher recherche et start-up peut avoir de l’effet, mais le plus gros problème qui semble ressortir est le poids de l’administratif, les contraintes que cela suppose. En tout cas, ces chefs d’entreprises étaient ravis d’avoir pu exprimer leurs préoccupations, car ils sont rarement conviés à des réunions de ce genre.
La Sanctuarisation des terres agricoles
Les agriculteurs n’avaient pu être représentés à ce débat. Malgré tout, ont bien sûr été évoqués avec force les 2300 hectares qui doivent être préservés et sur lesquels il y a un consensus local (CAPS, région, communes). Un rappel a été fait que ces terres sont parmi les plus fertiles d’Europe. A été rappelé également, qu’au lieu de détruire des espaces agricoles, il serait beaucoup moins
destructeur de densifier l’existant. Pour seul exemple, Polytechnique a une densité de 4 habitants à l’hectare, quand sur des campus comme Stanford ou Grenoble, c’est 250.

L’OIN un projet dont les élus locaux et les habitants sont absents
Les élus locaux présents expriment, quant à eux, leurs inquiétudes sur la façon dont se monte cette opération, sans véritable concertation avec eux, sans y intégrer les habitants, bref, en cherchant à plaquer un projet inventé par un bureaucrate parisien sur un territoire. L’établissement public qui vient d’être institué par décret ne donne qu’une petite part de représentation aux élus locaux. De plus, le PLU, sur la zone de l’OIN, échappe ainsi aux pouvoirs du maire. Ce qui par exemple, ôtera toute décision au maire de Bures sur le devenir des 80 hectares de la fac d’Orsay. Ce discours des élus locaux a visiblement surpris la communauté scientifique présente, qui, bien que répondant à tout ça « si vous aviez été moins immobilistes depuis vingt ans qu’on évoque un projet sur le plateau de Saclay, ça aurait permis de faire des choses en concertation et beaucoup plus tôt », ne s’imaginait pas à quel point le projet se faisait « sans eux ».
Un projet de cette envergure devrait être fédérateur
Marielle de Sarnez rebondit sur ce que ressentent vraiment les MoDem locaux : un projet de cette envergure, de cette portée internationale, devrait être fédérateur de toutes les énergies, de tous les acteurs de la vie locale. Pour l’OIN, les habitants sont à peine au courant, les élus locaux sont loin d’être enthousiastes et sont même sur certains points franchement réticents. Il n’est pas admissible qu’un projet soit ainsi parachuté d’ « en haut », sans concertation et sans l’adhésion pleine et totale des forces locales.
Retrouvez cet article lors de sa publication il y a trois ans:
http://www.gemgif.fr/wbNewsFront/newsDetail/id/18
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