une pièce adaptée de l'oeuvre de Marcel Pagnol
(de l'académie Française) par Francis Huster
avec
Francis Huster
Jacques Weber
L'ordre de préséance aurait pu largement être inversé, tant la prestation permanente et soutenue de Jacques Weber Raimu impose admiration et respect face à un Francis Huster émergeant en fin de représentation, toujours engoncé dans des costumes-carapaces lesquels, ajoutés au choix des gestes nerveux et d'un ton criard, empêchent le comédien d'exprimer l'étendue de ses talents réels. Né moi-même dans le village de Pagnol, et multi-visionnaire de ses films, je n'ai pas vraiment reconnu le personnage de Maître Panisse.
Mais quelle soirée ! Huster le metteur-en-scène, a fait du bon travail. Les décors recherchés et soignés (on se croirait vraiment sur le Vieux-Port de Marseille avec Notre Dame de la Garde assez proche, puis en un tableau pivotant sous les yeux des spectateurs, la présence du bateau "La Malaisie" qui allait emporter Marius vers ses îles lointaines).
Nous n'allons pas vous raconter l'histoire évidemment, ce serait faire injure à notre Académicien mais simplement souligner l'originalité de la composition. Car résumer la trilogie* en trois heures de spectacle, suppose un exercice difficile d'adaptations, dans la mesure où chaque suppression de texte écrit par Pagnol a dû représenter un vrai dilemme.
Pourtant la réussite est là. Le public, connaisseur de l'oeuvre, était ravi, réagissant à l'approche d'une scène connue, se donnant du coude comme pour dire :
"ça va être là !"...
L'ovation finale a été révélatrice. Au quatrième rappel, lorsqu'enfin celui qui méritait le plus d'applaudissements s'est avancé seul sur le devant de la scène, nous avons pu nous "libérer" et manifester notre satisfaction.
N'hésitez surtout pas...
* Marius, Fanny, Cesar, devient ici Cesar, Fanny, Marius...
Les autres acteurs, dont une Hafsia Herzi prometteuse (Fanny) et déjà récompensée par ailleurs.
Stanley Weber - Urbain Cancelier - Charlotte Kady - Eric Laugerias - Jean Pierre Bernard - Arnaud Charrin - Lisa Masker - Benjamin Nissen - Fabrice Darzens - Serge Esposito - Serge Spira
Mise en scène : Francis Huster
Décors : Thierry Flamand
Depuis le 30 janvier
Location au : 01.42.08.77.71 (ouverte du lundi au dimanche de 11h à 19h.
Tarifs de 20€ - 35€ - 45€ et 55€
Ne pas prendre les niches : quelques scènes seraient rendues invisibles.
Représentations :
du mardi au vendredi 20h
samedi 16h et 20h30
dimanche 15h30
14 Bd de Strasbourg 75010 Paris
M° Strasbourg St Denis
Parking St-Martin (angle rue Réaumur et rue St Martin)
www.theatre-antoine.com
CONTACT PRESSE :
Joelle Benchimol . Tel : 01.42.23.25.25 - 06.08.22.04.14
fax : 01.42.23.08.88
email : joellebenchimol@wanadoo.fr
Aujourd'hui je voudrais te parler de l'amour
De ce doux magnétisme qui émane de toi
Et qui fait que les coeurs se rejoignent toujours
Sur l'un de tes ponts, sur l'une de tes voies
Un baiser échangé sous la brise hivernale
Lorsque la nuit tombée scintille de ses feux
Un regard soutenu, un instant sidéral
L'univers est touché par un geste amoureux
Alors le monde change, alors le monde chante
Le décor se transforme, et la nuit s'illumine
Notre-Dame si proche, communie, imposante
Tandis que l'aube, au loin, lentement s'achemine
Mon Paris. Mon Paris... Permets-moi de te dire
Que tes airs ponctuels de sévère capitale
Ne m'impressionnent pas, je connais tes soupirs
Tes besoins immédiats, ta recherche d'idéal
Ils rejoignent les miens, et s'ajoutent au désir
De t'aimer davantage à travers tes quartiers
Car tous sans exception sont prêts à accueillir
La naissance d'un lien, adoubé par les fées
Quand hurlent tes sirènes et que raille l'alcool
L'écho de tes façades se mélange au tumulte
De la foule curieuse qui regarde l'envol
Des pigeons nonchalants que la vie catapulte
Mais très vite le silence ou ce qui lui ressemble
Intervient pour montrer que le verbe du coeur
Trouve toujours sa place, quand les âmes s'assemblent
Pour échanger les mots, les gestes de douceur
Mon Paris... garde toi d'un avenir incertain
Continue d'afficher les plaisirs de la vie
Ceux qui nous embellissent et feront que demain
Ils te remercieront, les enfants d'aujourd'hui
Je t'ai parlé d'amour, je t'ai parlé d'espoir
Laisse moi mon Paris t'annoncer une nouvelle
J'ai failli te quitter, retrouver mon terroir
Je reste près de toi, et je reste près d'elle.
Gif sur Yvette, plus de 22000 habitants. Plus de 2300 enfants scolarisés à l'école élémentaire (de la petite section de maternelle au CM2), dans huit groupes scolaires différents : quatre sur le plateau, quatre dans la vallée. Bien loin le temps (1829) où une seule école drainait les quarante à cinquante garçons en âge scolaire et autant de filles... Attardons-nous sur le chemin entre les deux époques...
1843, la commune achète une maison pour l'école
Le premier maître d'école giffois fut ... un citoyen de Saint-Aubin,
qu'il a été très difficile d'embaucher. Le problème, qui va durer une
centaine d'années, est qu'il n'y a pas de véritable école. En fait, la
commune loue chaque année une des maisons du village pour servir
d'école mais, comme elle n'a pas beaucoup d'argent, ce sont souvent de
véritables taudis. Les instituteurs sont mal payés et mal logés, du
coup, ils ne restent pas longtemps. Avant 1855, la commune ne s'occupe
même pas du chauffage et les enfants doivent apporter leur bûche en
hiver. En 1843, c'est peut-être pour garder le nouvel instituteur,
Hyppolite Fortin, qui a bonne réputation, que la commune décide
d'acheter une maison dans la Grande Rue (au n°26 de la rue Amodru
d'aujourd'hui) pour installer la mairie, l'école et une salle d'asile.
Mais cette école n'est encore pas l'idéal, car pour faire des
économies, la commune a mal conçu les toilettes, qui provoquent des
odeurs nauséabondes.
Construction compliquée d'une nouvelle école
C'est en 1874, après des élections municipales qui installent au
conseil des républicains, que l'idée de construire un bâtiment neuf
pour l'école prend forme. Mais hasard ou conséquence, ce n'est que peu
de temps après le vote des lois de Jules Ferry rendant l'école
gratuite, obligatoire et laïque, qu'en sera posée la première pierre,
en 1883. En fait, des obstacles pratiques se sont mis en travers de sa
construction. En effet, il fallait d'abord trouver un terrain, chose
très difficile car les habitants des alentours de l'avenue de la
Terrasse, où la mairie envisage de bâtir la nouvelle école, sont contre
cette idée. Ils craignent pour leur tranquillité et font tout pour
bloquer le projet. En particulier, le propriétaire du château de
Button, qui tient à son calme, achète le terrain auquel pensait la
mairie et y fait creuser un étang (il existe toujours !)... La mairie
ne se décourage pas, achète un terrain en bas de la même avenue, fait
abattre la vieille maison qui s'y trouvait et fait construire le grand
bâtiment qui servira pendant 80 ans d'école et de mairie, avant de
devenir notre poste. Le 1er octobre 1884, l'école est terminée, mais
elle aura, au final, coûté très cher (75 000F)... tellement cher qu'il
ne restera plus d'argent pour faire le sol de la cour, et que, pour
faire des économies, ce sont les élèves qui passent le balai dans les
classes. Mais après toutes ces péripéties, l'instituteur Varenne écrit
que "les locaux sont sains, propres, bien éclairés, bien situés, dotés
d'un mobilier nouveau modèle et d'une bibliothèque abondamment
pourvue." !
1867, la première institutrice giffoise
Dès 1862, le préfet autorise la création d'une école libre de filles
dans la commune. Ce qui ne se fit pas sans que de nombreux problèmes se
posent, notamment celui du financement du salaire des instituteurs. En
effet, à cette époque, (et depuis 1833), un instituteur perçoit un
salaire fixe d'un minimum de 200F mensuel, complété par une allocation
de logement de 120F. Mais ce qui l'aidait beaucoup était, d'une part
les 60F gagnés en faisant le secrétariat de la mairie, d'autre part ,
la rétribution mensuelle de 1 à 1,50 francs (selon le niveau) par
élève. Il faut donc, avant de créer l'école des filles, imaginer des
solutions pour que le salaire de l'instituteur ne soit pas diminué
(même si en 1831, le Comité cantonal d'hygiène de Palaiseau déclare le
local où se tient l'école de Gif "insalubre et très incommode, en ce
sens que les deux sexes ne sont pas séparés"). Trois solutions sont
possibles : une subvention du département, un coût plus élevé payé par
les parents ou une part financée par la commune. Finalement, la
solution adoptée en 1862 est un compromis entre les parents et la
commune et l'école libre de filles voient le jour. Le 10 avril 1867,
une loi oblige toutes les communes de plus de 5 000 habitants à ouvrir
une école publique de filles. La veille de Noël, la première
institutrice de Gif, Mlle Chaix, "jure obéissance à la constitution et
fidélité à l'empereur".
1901, une cantine...
Au début de l'école, il n'existe pas de cantine, et de ce fait, les
élèves habitant trop loin pour rentrer le midi (Moulon, Saint-Aubin,
mais aussi des quartiers aujourd'hui aussi proches que Damiette ou
Courcelle) mangent un "simple bout de pain agrémenté d'un bout de
lard". C'est ainsi que Mme Reverchon, la femme du garde champêtre qui
habite au dessus de l'école, prend l'initiative de préparer de la soupe
pour alimenter les enfants avec quelque chose de chaud. L'idée même de
la cantine est née, même si ce n'est que dix ans plus tard qu'elle sera
officiellement créée. Cette cantine s'installera dans un bâtiment
spécial en 1909.
Vers les 8 groupes scolaires de Gif
En 1929, les 55 habitants du hameau de Courcelle s'inquiètent des
dangers de la route encourus par leurs enfants sur les deux kilomètres
qu'ils parcourent matin et soir pour aller à l'école. Si l'idée d'un
transport scolaire est vite abandonnée, car trop chère, il faudra quand
même neuf ans avant que les petits Courcellois découvrent leur école.
Pour Belleville, ce ne sera que vingt ans plus tard, en 1960. La
commune compte alors près de 500 écoliers, maternelles et élémentaires.
1963, après des expropriations difficiles, est construite l'école du
Centre.
MCh
Avez-vous entendu parler des DEBONNAIRE ?
Marie-Charles, maire de 1800 à 1812, "dernier seigneur de Gif". Il
laisse sa place à Louis-Charles, son fils, maître des requêtes au
Conseil d'Etat, jusqu'en 1819. Mais il la récupère après avoir été
nommé Conseiller à la cour royale de Paris en 1816. Il décède en 1830
et le fils Louis-Charles reprend les rênes du village, pour passer le
flambeau assez rapidement, à Louis-Thédore, frère cadet du précédent,
officier de cavalerie sans affectation. En 1834 et jusqu'en... 1848,
Louis-Charles, à nouveau, dirige les destinées de Gif sur Yvette.
Louis-Théodore reviendra pour quatre années encore en 1867.
Question :
De 1790 à ce jour, de
Charles le Grand à Michel Bournat, combien de maires se sont-ils
succédés aux commandes de notre cité ?
Attachant, certainement, mais aussi curieux personnage, scientifique, archéologue, joaillier, humaniste, baroudeur, chercheur en tout, trouveur en beaucoup, prêt à plonger dans les abîmes malgaches et se faire hélitreuiller depuis les plus invraisemblables fonds du monde pour recueillir des simples, revenir à Paris faire analyser une pierre étrange, repartir chez les Papous et en revenir ému, écrire un mémoire, publier une étude à la demande d'institutions variées, donner des conférences, tourner des films-reportages et repartir au bout du monde...
Comment ai-je réussi à le "coincer" pour l'interroger : comment fera t-il bientôt pour nous rendre visite, comme promis, à Gif-sur-Yvette ? Car il m'est arrivé de me rendre au Muséum National d'Histoire Naturelle pour un rendez-vous fixé et d'entendre qu'il venait d'être appelé en urgence au Brésil....ou, une autre fois, qu'il était parti en mer... Je prends pourtant le risque d'une planification.
Erik est un ami, vous me pardonnerez de ne pas respecter la convention journalistique du voussoiement. Ce jour-là, dans son bureau très encombré du Musée de l'Homme, entre Platon et Marie Curie, après avoir évité de bousculer de précieuses statuettes, je me lançais dans mes questionnements en commençant par cette simple
interrogation :
GP : Erik, quand, pour la première fois, t'es-tu intéressé à ce qui, au long de ton encore jeune existence, allait devenir des passions ?
EG : Du plus loin que remonte ma mémoire, je me vois chercher des cailloux, les disséquer du regard. Ma famille disait "c'est un observateur".
J'ai toujours aimé ce qui est beau et depuis très tôt, ce qui était le relationnel. Attiré par les voyages, je recherchais un métier qui allait me permettre de satisfaire ce désir. Mais je voulais également avoir une profession non seulement en rapport avec mes goûts mais qui me ferait reconnaître par mes pairs.
Un jour je pris la décision : je serai lapidaire !... Je me renseignais donc auprès des spécialistes qui ne m'encouragèrent guère, prenant prétexte de l'accélération des techniques bref, me dirent-ils, vous feriez mieux de vous de vous lancer dans la joaillerie...
En 1970, j'arrivais à Paris, y passais deux CAP, celui de bijoutier suivi de celui de joaillier.
A cette dernière occasion, voici une anecdote que certains collègues de promotion avec qui j'ai gardé des contacts, m'ont rappelée encore récemment.
Nous devions fabriquer un bijou, conformément à un plan précis et ce, sous un délai de quarante heures. L'ayant terminé avec une dizaine d'heures d'avance, pour tuer le temps je l'ai démonté pour finalement produire un objet plus original, dans la mesure où il devenait articulé... à la grande surprise de mes juges qui m'ont à peine accordé le minimum ! Mais le principal était l'obtention du diplôme.
GP : je crois savoir que tu n'étais pas un élève, disons... exemplaire.
EG : Mes études menées en parallèle, notamment les Mathématiques et le Français, ne me convenaient effectivement pas, je n'étais pas fait pour ça. Je séchais les cours un peu trop régulièrement si bien qu'une enquête a été diligentée par la Direction de l'Ecole. Je fus convoqué pour tenter de comprendre pourquoi je passais mes journées au Jardin des Plantes à Paris, où je rencontrais le professeur Schubnel (1) qui m'a appris la cristallographie, la minéralogie, et c'est d'ailleurs avec lui que j'ai organisé mes premières expositions. Quand la "sanction" est tombée, j'étais éberlué : on m'autorisait à continuer le séchage de cours... "Officiellement officieusement" !...
Douze années allaient se dérouler. J'allais travailler sur un établi, "à la cheville", selon la terminologie consacrée (2). J'ai donc fait partie de la corporation des "boites à limaille" comme se nomment entre-eux les gens de la profession.
Je fus 1ère main, chef d'atelier, pour constater une nouvelle insatisfaction : j'avais l'impression que j'allais végéter, m'encroûter, je voulais m'ouvrir à d'autres connaissances.
Après quelque temps, j'organisais ma première exposition en sciences naturelles et commençais à enseigner la Muséologie à quelques étudiants. Des réactions n'ont pas tardées : "la Muséologie ? Mais ça ne s'enseigne pas !".
Je décidai alors de partir pour la Nouvelle Guinée rencontrer des Papous. C'était en 81/84, et là, ce fut le grand choc. De retour, j'ai voulu me lancer dans la fabrication d'objets en pierre précieuses, pas forcément des bijoux mais des objets particuliers, de grande valeur.
Puis ce furent des études d'archéologie de terrain, en poïétique (étude logiciste des constructions (3) : comment arriver d'une idée initiale à la réalisation d'oeuvre, que se passait-il dans le mental pour parvenir à l'aboutissement...
GP : En lien avec l'inspiration ?
EG : Bien sûr, tout y est...
GP : Et puis ce fut l'épisode du Pr Gardin...
EG : Oui, car devenu l'auditeur libre le plus assidu de ses cours, le Pr Gardin (4) m'a conseillé de m'y inscrire officiellement.
En deux années j'ai présenté, sous la direction de Paul Courbin (5), un mémoire à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, sur... l'utilisation des haches de pierres papoues. Ce travail n'avait pas permis d'avancer plus avant dans les directions que je m'étais fixées. C'est alors qu'un Papou du village d'Ormu-Wari m'a remis une hache de pierre polie, en signe de paix pour le chef des Français. Le 2 décembre 1982, j'étais reçu à l'Elysée comme "ambassadeur extraordinaire des Papous" auprès de François Mitterrand. Cette aventure humaine a permis par la suite de faire entrer en France la collection des Cristaux Géants du Jardin des Plantes, puis encore la construction de la salle du Trésor du Jardin des Plantes sous le haut patronage du Président de la République.
Bref, j'ai ensuite créé et dirigé 130 expos en France et à travers le monde et finalement, un jour, on m'a fortement conseillé de faire une thèse en Muséologie. Je ne voulais pas réfléchir sur une Muséologie telle que celle enseignée à l'Ecole du Louvre. Je voulais un sujet plus original, une muséologie plus expérimentale, basée sur l'étude de concepts.
GP : Du coup tu as présenté autre chose, ou plutôt tu as procédé différemment...
EG : Exact : un mémoire de thèse en sémio linguistique adaptée à la Muséologie. Quelle passion que d'apprendre à analyser, comprendre les systèmes de signes compris par les publics appartenant à des groupes culturels, et des époques, différents... et axés malgré tout sur la Préhistoire.
GP : Pourtant, beau diplôme en poche, tu allais avoir une surprise plutôt désagréable...
EG : Je n'avais pas prévu en effet que, dès l'obtention du Doctorat, j'allais être mis au ban du Musée. J'utilisais un langage nouveau, d'ailleurs aujourd'hui couramment appliqué. Comprenant que je n'y ferai pas carrière, je me suis tourné vers l'ethnominéralogie qui étudie le rapport symbolique entretenu entre l'homme et le monde minéral, basé à la fois sur la sémio logistique, la minéralogie, tout cela appliqué aux objets des cultures matérielles de la Préhistoire.
GP : Et tu y as vu comme un signe.
EG : Je me suis posé la question. En tout cas, j'en suis entré au département de Préhistoire où j'ai pu développer des aspects en paléo gemmologie. Et là, en étudiant les gemmes, je suis tombé sur des pierres cylindriques particulières dénommées "pilons sahariens" et qui étaient enfermées dans les réserves du musée de l'Homme. Après bien des réflexions, j'ai pu prouver qu'il s'agissait non pas d'outils, mais d'instruments de musique, des lithophones. A partir de là, furent exprimées de nouvelles théories en Litho acoustique sur les pierres musicales, c'est-à-dire sur les modes de fonctionnement des ondes percutées à l'intérieur des matériaux solides. Ces théories ont apporté ensuite à la connaissance des sons sur les stalactites et les stalagmites dans les grottes ornées. Il est largement admis que cela était connu avant mon travail, mais personne à ce jour n'avait apporté la preuve formelle qu'il s'agissait d'idiophones (équivalence des cloches).
GP : Je suis curieux de savoir ce que tu réponds lorsqu'on te demande quelle est ta profession !...
EG : Euh... je n'en sais rien ! Et lorsque la question est posée à mes deux filles, elles répondent la même chose, avec des variantes...
GP : peut-être profession : heureux ?
EG : Parfait, ça me va bien, profession heureux...
GP : Un moment tu as dis que tu voulais travailler sur ce qui est précieux, pourquoi cette notion plus qu'un autre ?
EG : Parce que je n'ai jamais supporté la médiocrité d'esprit. Comme la niaiserie d'ailleurs. Je ne supporte pas de voir des gens inactifs, laxistes, qui salissent, polluent, etc. On a acquis tellement de données, tellement de connaissances que l'être ne devrait pas sombrer dans de telles situations. La tolérance, le respect, l'humilité, la communication, on ne devrait pas tomber dans le négatif dans lequel beaucoup de personnes se laissent happer aujourd'hui. Je sais qu'il faut toujours une balance entre le positif et le négatif, mais quand même...
GP : Je te sens disposé, voire demandeur, pour aborder les sujets qui "fâchent"... je veux dire les questions liées à la vie, la nature, la mondialisation, les pollutions, l'avenir de la planète et de ses locataires...
EG : (soupir...) La mondialisation... Conscience est prise aujourd'hui que l'humanité est trop petite. On se rend compte que les richesses ne sont plus renouvelables. On faisait confiance aux banquiers, aux experts et autres spécialistes tout en transformant la terre en vaste poubelle.
Je m'énerve de savoir et de voir que lorsqu'ils quittent un pays, les militaires, partout, et notamment aux USA et en Russie, abandonnent sur place quantités de matériels pourris, irradiants. Les Russes qui coulent des sous-marins dans des fiords...
GP : Oui, mais comment lutter contre tout cela, nous sommes si petits...
EG : Le plus beau combat qui soit est de tenter de faire fléchir les mentalités, avant de passer à des actions plus fermes. La terre est "vivante", les espèces fossiles ont évolué jusqu'à ce que nous apparaissions, et cette histoire continue. Notre planète a souvent montré ses facultés à l'adaptabilité. Pourtant, depuis que l'homme existe, il a commis bien des erreurs, des crimes. Il démolit, creuse, saccage, aplanit et remodèle les reliefs naturels à son image. Il veut prendre ses aises, en gagnant sur la mer, en creusant les sous-sols. Bref, il s'installe, prend possession de l'environnement, dans l'irrespect le plus total des êtres qui participent à sa survie.
GP : Cela ne date pas d'aujourd'hui...
EG : Certes, sous prétexte de positionner leurs limites territoriales, nos ancêtres se sont lancés dans les premières guerres, dès le Néolithique... Si l'on considère aujourd'hui le phénomène de la surpopulation, l'homme va vouloir gagner du terrain partout où il peut. En Alaska, ou ailleurs sur des sites qui jusqu'ici servaient de régulateurs aux cycles naturels de la planète. L'Alaska, l'Amazonie, poumons de la terre, refuges de certaines espèces floristiques et faunistiques... Les nouveaux "conquérants" (des multinationales) investissent des lieux où des groupes socioculturels ou traditionnels ne possèdent aucun titre de propriété. Bonne occasion de les spolier pour un lucre égoïste.
GP : Quelle espérance pour quel avenir ?
EG : Nous ne sommes que des êtres humains... Spermatozoïdes vainqueurs, nous avons été acceptés par la vie pour mourir. Mais entre temps, pour assimiler un certain nombre de leçons, au premier rang desquelles la certitude de l'interdépendance holistique des êtres et des choses, mais aussi de l'inutilité de l'engrangement égoïste des profits plus ou moins colossaux, tandis qu'autre part, des populations entières peinent, souffrent, pleurent, crient ou alors font silence....
GP : Eux, savent vive l'instant présent.
EG : Absolument...
Tu sais, je ne m'arrêterai pas. Si je n'ai plus de jambe, je bougerai en chariot. La mort ne me fait pas peur, mais ma crainte est de ne pas accomplir ce que je crois devoir accomplir, par exemple pour ma famille...
GP : L'essentiel n'est-il pas d'envisager, la (re) découverte puis la maîtrise d'énergies que l'on qualifiera de nouvelles ?
EG : Outre l'énergie nucléaire, il y a la pyroélectricité(6), la triboélectricité (7), la piézoélectricité (8), le magnétisme naturel. Il ne faut pas omettre que les phénomènes énergétiques concernent le monde minéral et pas seulement les énergies fossiles ou solaires. Les réponses à trouver se situent encore et encore dans les éléments physiques et chimiques que la Nature terrestre ou extraterrestre nous offre.
GP : Alors, parlons-en. L'étude du monde minéral, tu es tombé dedans tout petit si je puis dire, et ta formation, ton doctorat, t'ont amené à faire un certains nombre d'observations majeures. Par exemple, en l'espace d'une quinzaine d'années, as-tu remarqué une sorte d'évolution du minéral ? J'ai en tête d'anciens écrits qui stipulent que le minéral est appelé à devenir végétal, ce dernier devant passer dans le règne animal et j'arrête là avant que l'on appelle le Samu...
EG : Il faut bien séparer les deux mondes : celui du biogène et celui de l'inorganique, deux choses bien différentes, sauf que l'on sait que dans certains cas, des types de minéraux ne peuvent se former que par la présence de phénomènes biogènes, comme les éponges siliceuses, ou les calculs rénaux. L'homme est structuré par les minéraux, sinon ses os ne seraient pas durs et nous serions des mollusques.
En se soignant avec de l'aspirine, on se soigne avec des minéraux, regarde l'homéopathie, elle utilise les éléments naturels comme l'or, le cuivre... Evidemment il ne s'agit pas d'avaler une casserole en cuivre pour se guérir !
Le végétal se sert lui aussi du minéral pour évoluer, pour s'adapter du mieux que possible à de nouveaux modes de vie dans des environnements qui évoluent. L'homme, lui, a l'illusion qu'il peut résister à tout puisqu'il se croit en bout de chaîne. Or, il suffit d'une fonte des glaces ou d'un effondrement des cours bancaires pour réaliser qu'il est peut-être temps d'en revenir à des choses plus essentielles.
Ceci étant dit, mon côté optimiste me permet d'envisager que, globalement, l'homme aussi s'adaptera, mais beaucoup de personnes resteront en route.
GP : Quel est ton meilleur souvenir de voyage ?
EG : Le voyage le plus marquant qu'il m'ait été donné de faire a été chez les Papous indonésiens...
Je suis allé les visiter chez eux avec mes acquis, mes convictions personnelles, et toujours avec beaucoup de respect. Mais j'avais un peu tendance malgré tout à les considérer comme des "arriérés", des "sauvages" qui ne savaient même pas boire le pastis et qui ne mangeaient pas de la viande comme nous !
J'ai pris du recul et les ai observés dans leurs moeurs et coutumes et un jour, je me suis trouvé impliqué dans une opération dangereuse. Au cours d'une partie de chasse, j'ai failli avoir un accident très grave qui aurait pu me coûter la vie. Celui dont le geste m'a secouru a été bien entendu remercié, mais c'est un peu après que mon mental a fonctionné. Ce geste, trop rapidement banalisé en moi, avait eu pour conséquence que "l'arriéré sauvage" avait pris d'énormes risques pour me sauver. Or, il se trouve que, très peu de temps après, un autre Papou est tombé très malade et j'ai eu la chance de me trouver là, au bon moment. A mon tour j'allais lui sauver la vie. C'est à ce moment là que j'ai pris réellement conscience que nous étions d'égal à égal et que l'humanité c'est vraiment que UN. Vraiment que UN !....J'en ai été bouleversé et ai rejeté avec encore plus de force toute idée de racisme ou de sectarisme à travers le monde.
Pourtant, quelle a été ma déception quand, lors d'un nouveau voyage chez ce peuple, j'ai appris qu'un des leurs, que j'avais bien connu, s'était "vendu" aux militaires qui allaient lutter contre son propre camp...
GP : Nous pourrions rester encore des heures...Parler de tes talents de guitariste (et autres instruments), nous pourrions parler des invitations que tu reçois, comme la Bulgarie qui a fait appel à toi pour faire de la paléo métallurgie sur les ors et métaux travaillés par l'homme ; revenir et revenir encore sur tes idées en matière d'environnement et de ton évolution en ce domaine. Tiens, justement, restons là-dessus un petit moment avant de conclure ; tu m'as déclaré récemment ne plus croire à la protection de l'environnement. Dans ta bouche c'est troublant, d'autant que nous avons vu plus avant que tu restais optimiste. D'un autre côté, on entend un ancien ministre se répandre sur les ondes pour expliquer que tout ne va pas si mal que cela. Alors docteur ,qui croire ? Allons-nous terminer cette interview par une note de tristesse ? Toi, dont le rire s'entend du Trocadéro en Polynésie en passant par la Mauritanie, tu ne vas pas nous faire un coup pareil tout de même !
EG : non, mais les constats à bord de "La Boudeuse" (navire qui repari en mission pour l'Amazone- voir encadré) dans les archipels philippins m'ont assommés. Toutes les îles, îlots, rochers, même les plus "perdus" étaient soumis à la dictature des hommes : pêches au cyanure et à la dynamite, décapage des sols en brûlant les moindres recoins pour créer des prairies destinées aux bovins, rejets inconséquents dans la mer entraînant la perte des coraux, surpêches irraisonnées entraînant l'exploitation des juvéniles. Nous étions des chercheurs en quête d'une nature intacte, nous sommes rentrés effarés des conséquences de la surpopulation, de la pauvreté. Chacun a le droit de vivre et devrait en ce monde décider librement de son avenir dans le respect des droits des individus ; on a pu noter que l'on ne peut empêcher les excès et la domination sur les choses du monde les plus faibles. C'est en ce sens que les mentalités doivent évoluer, et cela ne pourra se faire qu'à la seule condition que les décideurs politiques mènent des campagnes sévères.
Depuis cette pourtant récente interview, d'autres voyages ont eu lieu. Un autre se prépare, au Laos. Les téléphones de son bureau, j'en suis témoin, ne cessent de crépiter pour des sujets dont, pour plagier Coluche, je ne comprends même pas le titre... Erik est heureux, oui, dans son univers, dans son monde, il l' est vraiment Mais son monde est le nôtre, celui dont nous rêvons, un monde de paix, de réelle fraternité : un monde de camaraderie et de fête. Vous ferai-le l'aveu de considérer que faire partie de ses amis est un doux privilège ?...
(1) Pr Schubel : Professeur de minéralogie au Muséum National Histoire Naturelle et écrivain, Compositeur de musique. Il a réussi a faire entrer dans les collections du MNHN les fameux cristaux géants, ce qui a abouti a la création de la salle du trésor et des cristaux géants.
(2)Référence à la planchette de bois sur laquelle travaille le joaillier
(3) Logististe :
Les publications archéologiques exposent, à partir de la description des vestiges matériels de l'activité humaine, les théories ou "constructions" formées sur cette base pour enrichir notre connaissance des sociétés anciennes sur toutes sortes de plans - histoire, économie, organisation sociopolitique, économie, techniques, croyances, etc. Le programme "logiciste" est le nom donné il y a plus de vingt ans à un ensemble de recherches visant à clarifier les mécanismes et les fondements des raisonnements pratiqués dans de telles constructions
(4) Pr Gardin : Professeur en archéologie, il a beaucoup travaillé sur la Recherche Intelligente et Interactive de l'Information, enseigné comment les constructions mentales à partir des vestiges matériels aboutissent à la réalisation d'une oeuvre (étude logiciste des constructions)
(5) Paul Courbin : il a amené de nombreuses réflexions sur les techniques de l'archéologie. Professeur qui a dirigé l'école d'Athènes, a travaillé dans les fouilles d'Angkor vat et Angkor Tom, et en Syrie à Ras el Basith notamment.
(6) Pyroélectricité : (du grec pyr, feu) propriété d'un matériau à produire des ions négatifs lorsqu'il est chauffé
(7) triboélectricité : (du grec tribein, frotter) en frottant un cristal contre un autre corps de nature différente, il devient électrostatique. Une partie des électrons de la surface de contact d'un des 2 matériaux est transférée à l'autre.
(8) piézoélectricité : (1880, Pierre et Paul-Jacques Curie) est la propriété que possèdent certains corps de se polariser électriquement sous l'action d'une force mécanique (effet direct) et, réciproquement, de se déformer lorsqu'on leur applique un champ électrique (effet inverse). Le découvreur de cette propriété est l'abbé René Just Haüy (1743-1822) en 1817, en étudiant le spath d'Islande.